Le tatouage Japonais

Maintenant que le tatouage polynésien n’a plus de secret pour vous, bouclez votre valise car nous nous envolons vers le pays du soleil levant : le Japon

Bien que vous pensiez déjà aux sushis, à la tranquillité des onsens et à la folle ambiance du quartier de Shibuya... sachez que nous allons parler d’Histoire ! Car l’art du tatouage est intimement relié à l’histoire du Japon. En effet, les historiens retracent sa pratique dans l’archipel Nippon depuis la Préhistoire. Appelé “Irezumi”, le tatouage traditionnel du Japon a la particularité d’être composé de grandes pièces, couvrant souvent l’intégralité d’une ou plusieurs parties du corps. Critère de beauté féminine et tendance de mode urbaine, avant d’être associé à la criminalité... l’image du tatouage japonais a connu de nombreux rebondissements au fil du temps.

L’origine du tatouage au Japon

Comme les peuples de Polynésie, les premiers habitants du Japon utilisaient le tatouage dans une fonction décorative et sociale

Le peuple des Aïnous au Nord de l’archipel en est un parfait exemple. Chez les hommes, le tatouage indiquait l’appartenance à un clan ou un métier, et protégeait des mauvais esprits. Les femmes, quant à elles, se tatouaient les bordures des lèvres ainsi que les joues lorsqu’elles étaient mariées. 

La pratique du tatouage s’étendait alors sur tout l’archipel japonais : dans les îles du Sud, les femmes se tatouaient les mains. Comme au Nord, on attribue ce geste à un rite de passage lié au mariage. 

Puis, comme ailleurs dans le monde, le tatouage s’est par la suite mué en signe punitif et distinctif pour les prisonniers et les esclaves. On explique aussi sa quasi-disparition par un changement dans la vision de la beauté : plutôt que de s’attarder sur le corps, les attributs de la beauté et du raffinement se trouvèrent dans les vêtements, le parfum et les bijoux. 

Le retour mitigé du tatouage japonais pendant l'Ère Edo.

L’Ère Edo, de 1600 à 1850, marque la distinction entre deux types de tatouages : ceux pour punir la délinquance grandissante en ville, et le tatouage à visée esthétique. Ce dernier est particulièrement porté par les prostituées, ainsi que par des pompiers et ouvriers, qui le considéraient comme une protection contre les accidents.  Les Kyôkaku, sortes de robins des bois ancêtres des Yakuzas, portaient aussi de larges pièces de tatouage. Il faut aussi savoir que les Samourais n’ont jamais été des adeptes du tatouage, car ils suivaient les principes de Confucius, interdisant de porter atteinte à son propre corps. 

Parce que les plus aisés s’adonnent de plus en plus à la pratique du tatouage, le métier de tatoueur professionnel apparaît, sous le nom de Horishi. Malgré tout, les classes populaires gardaient une vision négative du tatouage. 

Le tatouage hors-la-loi sous l’ère Meiji

L’ère Meiji marque une ouverture sur le monde, alors les traditions considérées comme archaïques et barbares par les étrangers sont ainsi mises de côté. Malgré la répression, les Horishis continuent à travailler en secret, sous la couverture d’artistes peintres, ou s’expatrient dans les capitales les plus dynamiques. Certains monarques européens ont même eu droit à leur Irezumi ! Lesquels ? On vous laisse chercher ! Il ne fut légalisé de nouveau qu’en 1945 sous l’occupation américaine. Mais il reste associé à la mauvaise image des Yakuzas.

C’est pourquoi malgré son retour chez la jeune génération, on observe une adhésion plus forte aux styles américains, tribaux ou sanskrit. 

Zoom sur le tatouage yakuzas

Si le tatouage a si mauvaise réputation au Japon, c’est en grande partie car il est le symbole des Yakuzas, un syndicat du crime organisé aussi connu et craint que la mafia sicilienne ! 

La traditions du tatouage chez les Yakuzas prends sa source dans le tatouage punitif qui était pratiqué par les autorités japonaises sur les criminels : ils pouvaient ainsi se reconnaître et s’identifier. 

Ainsi, dès le 19ème siècle , le tatouage est utilisé comme rituel d’appartenance au crime organisé, avec de larges pièces aux motifs très recherchés. Afin de pouvoir camoufler ces signes, la tête, les mains et les pieds sont épargnés. Ces tatouages pouvaient symboliser la loyauté, la persévérance, la combativité ou encore la fortune. 

Si le monde des Yakuzas vous intrigue ou vous passionne, on vous conseille vivement de lire le livre “Mémoires d’un Yakuza” de Saga Junichi, une immersion passionnante dans la vie de l’un des plus célèbres chefs Yakuzas du Japon. 

Les motifs les plus populaires des Irezumi traditionnels japonais

  • Le dragon : Dans la culture japonaise, le dragon symbolise la sagesse et la puissance. Il rassemble le Yin et le Yang avec bienveillance. 
  • Le tigre : la force, le courage, la beauté et la longévité.
  • La carpe Koï : Les carpes remontent le fleuve et une légende raconte même qu’elles se transforment en dragon. Elle représente donc la persévérance, le courage et la force.
  • Le serpent : Trouver un serpent chez soi est de bonne augure au Japon, car il est considéré comme le gardien des richesses et symbolise aussi la guérison. 
  • Le Baku : créature de l’imaginaire, le Baku se nourrit des mauvais rêves et protège ainsi son porteur des pensées néfastes. 

Les fleurs sont aussi très utilisés dans l’art du tatouage au Japon : 

  • La pivoine : dans la culture japonaise, cette fleur représente la bonne fortune et la santé. Elle est considérée comme un symbole masculin, “le roi des fleurs”.
  • La fleur de cerisier : elle représente le caractère éphémère de la vie, et est donc souvent associée à un idéal guerrier. 
  • La fleur de lotus : symbole du bouddhisme, elle représente la lutte pour la vie et le dépassement de soi
  • Le chrysanthème : la détermination, c’est la fleur la plus sacrée car elle est associée à la famille impériale.

Ces dessins étaient souvent ornés et reliés par des arrières-plans en forme de nuages ou vagues, l’eau étant un élément symbolique très important. 

Alors, prêt(e) à faire réaliser une pièce de style japonais sur l’intégralité du dos ou du torse ?! Nous concernant, ça nous a donné pas mal d’idées !



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